Pas envie de rester seule mais pas envie d'avoir de la compagnie.
Pas envie de sortir mais pas envie de rester enfermée.
Tous ces gens, tout ce bruit, tout ce mouvement et pourtant tout parait si calme. Chacun trouve sa place. Une petite berge isolée bien ensoleillée ou alors abritée au pied d'un châtaigner. De grandes étendues d'eau se dessinent au loin ou bien tout près.
Dimanche. Sortie familiale. La chaleur est de retour, le printemps dans quelques jours sera là pour de bon. Ciel bleu, oiseaux qui chantent au lever du jour. Prémisse du beau temps qui de nouveau redonnera le sourire aux gens.
Canards, oies, cygnes, hérons et beaucoup d'autres espèces que je suis incapable de citer. Si le Yannou était présent, il pourrait m'aider et d'un coup cette journée se transformerait en cours magistrale sur la faune et la flore qui m'entoure.
Si tu pouvais les voir mon Yannou, il y a ceux qui ressemblent à des mouettes, mais qui assurément n'en sont pas. Et puis ceux qui piaillent bizarrement. Et je ne te parle même pas de ceux qui sont cachés sur les petits îlots touffus de branchages cassés. Ornés de roseaux fauchés par le vent et la pluie tombée les semaines passées.
Oh putain que c'est beau !!!
Bien sûr moi j'ai les pieds dans l'eau, elle n'est pas chaude, certains diraient même qu'elle est gelée mais tu sais bien que je ne peux pas résister.
Au loin le brouhaha de personnes qui parlent, entrecoupé du chant des oiseaux. Puis de temps en temps derrière moi, se croisent des gens. Tous ressemblants aux autres, et qui pourtant sont très différents. A quoi pensent-ils quand ils marchent comme ça, en silence, autour de tant de beauté ? Les p'tits vieux qui s'aident d'une canne, ou bien soutenus par un plus jeune qu'eux. Est-ce que ça leur permet d'oublier que bientôt ils ne seront plus de ce monde et qu'ils ne pourront plus observer tant de magie réunie dans un seul et même endroit? Et cet enfant qui lui tient la main, en a-t'il conscience ? S'est-il déjà dit une fois que le bonheur peut parfois être éphémère ?
Deux adolescents. Ouhlalala !!! Ils sont amoureux. Eux je sais à quoi ils pensent. Aux doux moments qui les attendent, peut-être tout à l'heure quand ils rentreront, et qu'ils se retrouveront devant un bon chocolat chaud. Ils s'observeront tendrement, puis il commencera à l'embrasser, et ils finiront enlacés, au creux d'un canapé, ou blottis contre de gros oreillers.
Il y a cet homme entouré de sa famille, le regard dans le vide, il ne suit pas la conversation. Un chef d'entreprise sûrement, qui lui se demande comment demain il paiera ses salariés. La crise. Putain de crise. Il est au bord d'un lac autour duquel la nature nous offre tant de mystères, et pourtant il n'arrive pas à décrocher, il se demande encore pourquoi il se bat. D'un seul coup son fils d'à peine 2 ans coure vers lui, l'appelant papa si fort qu'il arrive à lui en arracher un énorme sourire. Il le prend dans ses bras, le câline, le serre. C'est pour lui qu'il fait tout ça, pour lui offrir un avenir.
Le soleil a tourné. Je me retrouve maintenant dans un endroit ombragé.
Je regarde l'heure.
Je ne vais pas tarder.
Il ne faut pas que je sois en retard. Ça ferait encore toute une histoire. Je vais finir le chemin en écoutant discrètement, furtivement ce que disent tous ces gens. Et puis peut-être que j'arriverais à entendre tout ce qu'il n'ose pas dire tout haut, mais que leur regard avoue à leur place.